L’art antique sait séduire en petit, moyen et grand

by Etienne Dumont


Je ne sais pas si vous êtes comme moi. Quand vous voyez une oeuvre d’art reproduite dans un livre, vous vous demandez toujours combien elle mesure “en vrai”. Grande? Petite? La réponse se révèle parfois surprenante. La monumentalité peut exister dans le minuscule et le gigantisme se dégongler à la manière d’un ballon. Comment? Autant de surface pour si peu de chose…

C’est sur ce rapport d’équilibre que joue constamment Convergences, l’actuelle exposition de la galerie Phoenix Ancient Art, localisée 6, rue Verdaine. “Nous avons regroupé plusieurs représentations du même thème”, explique Michael Hedqvist. “Toutes nous semblent de la même qualité artistique. Vous trouvez là cependant aussi bien des objets dépassant à peine les deux centimètres que des marbres grandeur nature.”

Ainsi en va-t-il pour Auguste, premier empereur d’une longue lignée. Le visiteur le retrouve, dans la même vitrine, sous forme de monnaie, de camée et de buste en bronze. Caracalla, que l’amateur reconnaît sans mal à un air franchement méchant, subit les mêmes changements d’échelle. Il passe de la pièce d’argent au marbre avec un somptueux stade intermédiaire d’améthyste. Néron n’existe lui qu’0en deux versions: monnaie de bronze et marbre. Mais le tyran se vit comdmné, après sa mort, à la “damnatio memorae”. Il fallait marteler ses effigies.

Il n’y a pas que les grands de ce monde pour avoir subi un tel traitement. Les humles poissons, chez qui n’existe (du moins apparemment) aucune hiérarchie sociale, se retrouvent ici sous toutes les formes. Ils coexistent sous celles d’intailles (des gravures pratiquées en creux dans les pierres dures), de coupes peintes, de pierres et de flacons de verre. L’un de ces derniers fait sortir un très anachronique ruban rouge. “Son ancien propriétaire a cru intelligent de coller au scotch une étiquette à l’intérieur et nous ne savons plus comment la sortir sans faire de dégâts.”

Commencée au rez-de-chaussée, au milieu de vitrines admirablement éclairées, la promenade continue au sous-sol. Le public y découvrira aussi bien des Vénus que des philosophes ou une étonnante galerie de Noirs. ” Les Grecs avaient d’eux une vision caricaturale. Il s les ont ainsi souvent incorporés à des objets usuels.”

Tout est à vendre chez Phoenix, la galerie genevoise des frères Aboutaam, qui revient de sa seconde incursion à la Biennale des antiquaires de Paris, où son stand a fait grande impression. Mais nul n’est obligé d’acheter. Alors, si vous êtes timide, respirez profondément. Puis appuyez sur la sonnette. On vous ouvrira très gentiment. On vous laissera même ressortir.


Date
: 19.10.2010

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